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Histoire & patrimoine

Les canuts et la soierie de Lyon : histoire, révoltes et lieux à voir

En bref — Les canuts étaient les ouvriers tisseurs de la soierie de Lyon, qui fit la richesse de la ville du XVIe au XIXe siècle. Installés par milliers sur les pentes et le plateau de la Croix-Rousse, ils travaillaient sur des métiers Jacquard dans des immeubles aux plafonds très hauts, et se sont soulevés en 1831 et 1834 lors de deux révoltes restées célèbres. On peut encore voir des métiers en action dans des ateliers-musées et lire leur histoire dans l’architecture du quartier.

« C’est nous les canuts, nous sommes tout nus » : le refrain chanté par Aristide Bruant à la fin du XIXe siècle résume la condition de ces tisseurs qui habillaient les cours d’Europe tout en vivant dans la précarité. L’histoire des canuts et de la soierie de Lyon est celle d’une industrie d’excellence, d’une organisation sociale singulière et de l’une des premières grandes insurrections ouvrières du monde industriel. Un chapitre essentiel de notre dossier histoire et patrimoine de Lyon, à parcourir avant de monter sur la colline.

Comment Lyon est devenue la capitale de la soie

La ville a d’abord été une place de commerce de la soie, importée d’Italie pour ses foires. Louis XI tente d’y implanter une manufacture en 1466, sans succès durable. Le vrai point de départ date de 1536 : François Ier accorde aux Piémontais Étienne Turquet et Barthélemy Naris le privilège de fabriquer des étoffes de soie, d’or et d’argent. Le but est clair : cesser d’importer ces produits de luxe à prix d’or.

En deux siècles, la « Grande Fabrique » devient l’activité dominante de la ville. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ses dessinateurs, comme Philippe de Lasalle, créent des motifs floraux admirés dans toute l’Europe, et les commandes royales pour Versailles assoient la réputation lyonnaise. Lyon, qui fut sous l’Antiquité le carrefour des échanges gaulois comme le rappelle notre article sur la Lyon romaine de Lugdunum, redevient une place commerciale de rang européen.

Qui étaient les canuts ?

Le mot « canut » désigne, à partir du XIXe siècle, les ouvriers tisseurs de soie. Son origine reste discutée : on le rapproche souvent de la « canette », la bobine placée dans la navette. La fabrique reposait sur une organisation très hiérarchisée :

  • Les négociants, appelés « soyeux » ou marchands-fabricants, achetaient la matière première, commandaient les dessins et vendaient les étoffes. Ils ne possédaient pas les métiers.
  • Les chefs d’atelier, propriétaires de deux à six métiers installés chez eux, étaient payés à la pièce selon un tarif négocié.
  • Les compagnons, ouvriers salariés logés souvent chez le chef d’atelier.
  • Les apprentis, dévideuses et tordeuses, souvent des femmes et des enfants, chargés des tâches de préparation.

Au plus fort de l’activité, au milieu du XIXe siècle, on compte plusieurs dizaines de milliers de métiers dans l’agglomération lyonnaise. Toute une ville vit au rythme des battants.

Le métier Jacquard et les immeubles de la Croix-Rousse

En 1801, le Lyonnais Joseph-Marie Jacquard présente un métier qui utilise des cartons perforés pour commander automatiquement la levée des fils de chaîne. Un seul tisseur peut désormais réaliser des motifs complexes que l’ancien métier à la tire exigeait de faire à plusieurs. Accueillie avec méfiance par les ouvriers, qui craignaient pour leurs emplois, l’invention se généralise pourtant en quelques années.

Mais le métier Jacquard est haut, près de quatre mètres avec sa mécanique. Les ateliers quittent alors les rues étroites du Vieux Lyon et de Saint-Georges pour la colline de la Croix-Rousse, alors commune indépendante, où l’on bâtit des immeubles d’un type nouveau : façades sobres, très hautes fenêtres pour la lumière, plafonds à poutres apparentes de près de quatre mètres. Les familles dormaient souvent dans une soupente aménagée au-dessus de l’atelier, la « suspente ». Pour circuler entre ces immeubles et transporter les pièces à l’abri de la pluie, les canuts empruntaient des passages couverts, dont notre article sur l’histoire des traboules retrace l’origine.

Les révoltes des canuts : 1831 et 1834

Novembre 1831 : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant »

Après la révolution de 1830, la crise fait chuter les prix payés aux tisseurs. En octobre 1831, un tarif minimum est négocié sous l’égide du préfet, puis rejeté par une partie des négociants. Le 21 novembre, les canuts descendent de la Croix-Rousse avec un drapeau noir portant la devise « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». En trois jours, ils se rendent maîtres de la ville. Ils ne cherchent pas le pouvoir politique et le rendent vite aux autorités ; début décembre, une armée conduite par le maréchal Soult reprend Lyon et le tarif est annulé.

Avril 1834 : la « Sanglante semaine »

La seconde révolte, en avril 1834, prend un tour plus politique, sur fond de loi contre les associations et de procès de mutuellistes. Les combats durent six jours et font de nombreuses victimes. L’armée écrase l’insurrection, et le souvenir de cette semaine sanglante marque durablement les consciences ouvrières. Une troisième flambée secoue encore la Croix-Rousse en 1848–1849, avec les Voraces, une société ouvrière dont la cour du 9 place Colbert porte encore le nom.

Le déclin de la soierie traditionnelle

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, plusieurs facteurs se conjuguent : la maladie des vers à soie (la pébrine) qui ruine la sériciculture française, la concurrence des soies d’Asie, la mécanisation et le déplacement des métiers vers les campagnes du Rhône, de l’Isère ou de la Loire, où la main-d’œuvre coûte moins cher. Au XXe siècle, l’industrie textile lyonnaise se reconvertit en partie dans les fibres artificielles et le tissage technique. Quelques maisons perpétuent aujourd’hui la tradition pour la restauration des palais historiques et la haute couture.

Sur les traces des canuts : que voir ?

  • Les pentes de la Croix-Rousse : levez les yeux sur les immeubles aux grandes fenêtres, rue Imbert-Colomès, rue Leynaud, montée de la Grande-Côte.
  • La cour des Voraces, 9 place Colbert, avec son escalier monumental sur six étages.
  • Le mur des Canuts, grande fresque en trompe-l’œil au croisement du boulevard des Canuts et de la rue Denfert-Rochereau.
  • Les ateliers-musées du plateau et du quartier des Terreaux, où des passionnés font fonctionner des métiers à bras et des métiers Jacquard : c’est le meilleur moyen de comprendre le vacarme et la précision du travail.
  • Le musée des Tissus, rue de la Charité, riche de collections exceptionnelles, dont l’accès a été perturbé ces dernières années par un projet de rénovation : renseignez-vous avant d’y aller.

Infos pratiques

Le métro C relie Hôtel de Ville – Louis Pradel à Croix-Paquet puis à Croix-Rousse, en montant une pente à crémaillère ; pour une balade historique, descendez plutôt à pied du plateau vers les Terreaux par les montées et les traboules. Prévoyez une demi-journée pour les pentes et un atelier-musée. Les démonstrations sur métiers ont souvent lieu à horaires fixes et les groupes réservent : vérifiez les créneaux à l’avance. Tarifs indicatifs modestes, de l’ordre de quelques euros à une dizaine d’euros selon les visites.

Questions fréquentes

D’où vient le mot « canut » ?

Son origine n’est pas établie avec certitude ; l’hypothèse la plus courante le rattache à la canette, la petite bobine de fil placée dans la navette, mais d’autres explications populaires circulent, souvent plus fantaisistes.

Quelle était la revendication des canuts en 1831 ?

Ils réclamaient l’application d’un tarif minimum pour le prix des façons, c’est-à-dire la rémunération payée par les négociants pour chaque pièce tissée, que beaucoup de fabricants refusaient de respecter.

Pourquoi les plafonds de la Croix-Rousse sont-ils si hauts ?

Les immeubles ont été conçus pour abriter les métiers Jacquard, hauts de près de quatre mètres avec leur mécanique, ce qui imposait des plafonds exceptionnellement élevés et de grandes fenêtres pour la lumière.

Existe-t-il encore des soyeux à Lyon ?

Oui, quelques maisons de soierie lyonnaises poursuivent l’activité, notamment pour la restauration de décors historiques, l’ameublement de prestige et la haute couture, même si l’industrie n’a plus l’ampleur du XIXe siècle.

Qu’est-ce que la Grande Fabrique à Lyon ?

C’est le nom donné à l’activité de la soierie lyonnaise, devenue dominante dans la ville en deux siècles après le privilège accordé en 1536 par François Ier à Étienne Turquet et Barthélemy Naris. Elle réunissait négociants, chefs d’atelier, compagnons et apprentis, et ses dessinateurs créaient des motifs admirés dans toute l’Europe.

Où voir des métiers à tisser en fonctionnement à Lyon ?

Des ateliers-musées du plateau de la Croix-Rousse et du quartier des Terreaux font fonctionner des métiers à bras et des métiers Jacquard, ce qui permet de comprendre le vacarme et la précision du travail. Les démonstrations ont souvent lieu à horaires fixes : vérifiez les créneaux à l’avance, car les groupes réservent.

Sources

  • Archives municipales de Lyon.
  • Musée d’histoire de Lyon (Gadagne).
  • Musée des Tissus de Lyon.
  • Ville de Lyon ; ONLYLYON Tourisme et Congrès ; TCL/Sytral.
Montez sur la colline qui travaille
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Conditions de visite des ateliers et musées indicatives à la date de mise à jour (automne 2026), à vérifier auprès des établissements.

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