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Histoire & patrimoine

L’histoire des traboules de Lyon : origines, canuts, Résistance et sauvegarde

En bref — Une traboule est un passage privé qui traverse un ou plusieurs immeubles pour relier deux rues. Leur histoire commence probablement dès la fin de l’Antiquité, se développe dans le Vieux Lyon au Moyen Âge et à la Renaissance, puis sur les pentes de la Croix-Rousse au temps des canuts, avant de servir aux insurgés et aux résistants. On en recense quelques centaines, dont une partie seulement est ouverte au public grâce à une convention entre la collectivité et les copropriétés.

Pousser une lourde porte de la rue Saint-Jean et ressortir, après une cour et un couloir voûté, dans la rue du Bœuf : c’est l’expérience de la traboule, qu’aucune autre ville ne propose à cette échelle. Mais l’histoire des traboules est plus riche que leur parcours. Ces passages racontent la manière dont Lyon s’est construite, la façon dont on y a travaillé et parfois combattu. Cet article de notre rubrique histoire et patrimoine de Lyon remonte à leurs origines, suit leurs usages successifs et explique comment elles ont été sauvées.

Un mot, une définition

Le mot « traboule » viendrait du latin populaire trans-ambulare, « passer à travers ». Le verbe « trabouler » existe d’ailleurs dans le parler lyonnais. Au sens strict, une traboule relie deux rues en traversant des bâtiments et leurs cours intérieures ; un passage qui ne débouche que sur une cour fermée n’en est pas une, même si l’usage courant emploie souvent le terme pour toutes les cours remarquables. La plupart sont des espaces privés, situés dans des immeubles habités, ce qui fait tout leur charme et impose un minimum de discrétion.

Les origines : descendre vers la Saône

L’hypothèse la plus souvent avancée situe les premières traboules à la fin de l’Antiquité. Aux IIIe et IVe siècles, les aqueducs qui alimentaient la ville haute de Lugdunum cessent de fonctionner. Les habitants abandonnent peu à peu le plateau et s’installent au bord de la Saône, sur l’étroite bande de terre au pied de la colline de Fourvière. Pour accéder à l’eau, on aurait ménagé des cheminements perpendiculaires à la rivière, à travers les parcelles.

Il faut rester prudent : aucune traboule antique n’est conservée, et cette origine repose sur la logique du parcellaire plus que sur des vestiges datés. Ce qui est certain, c’est que la forme même du quartier, fait de parcelles longues et étroites coincées entre la colline et la rivière, a favorisé ces passages d’une rue à l’autre.

Moyen Âge et Renaissance : l’âge d’or du Vieux Lyon

Du Moyen Âge au XVIe siècle, le quartier Saint-Jean, Saint-Paul et Saint-Georges se densifie. Les parcelles en lanières accueillent un corps de bâtiment sur rue, une cour, puis un second corps de bâtiment à l’arrière, parfois donnant sur la rue parallèle. Les traboules deviennent le moyen naturel de circuler dans ce tissu serré, où les rues sont rares et étroites.

À la Renaissance, marchands et banquiers enrichis par les foires embellissent leurs cours : galeries superposées à arcades, puits, tours d’escalier à vis dont la plus célèbre, la tour Rose de la maison du Crible, au 16 rue du Bœuf, doit sa couleur à son enduit ocre rosé. La plus longue traboule du quartier, qui relie la rue Saint-Jean à la rue du Bœuf, traverse plusieurs immeubles et autant de cours successives. Ces passages servaient à la fois au commerce, au transport des marchandises et à la vie quotidienne.

XIXe siècle : les traboules des canuts

Sur les pentes de la Croix-Rousse, les traboules changent de visage. Les immeubles construits au XIXe siècle pour les tisseurs de soie sont plus hauts, plus austères, et leurs passages suivent la pente par une succession d’escaliers, de cours et de couloirs. Ils permettaient aux ouvriers de descendre vers les négociants installés près des Terreaux et de transporter les pièces de soie à l’abri des intempéries, une étoffe précieuse craignant la pluie. Notre article sur les canuts et la soierie décrit ce monde du travail.

L’exemple le plus spectaculaire est la cour des Voraces, au 9 place Colbert, avec son escalier monumental de six étages construit vers 1840. Elle doit son nom à une société de canuts, les Voraces, qui s’y serait réunie. Autre témoin, le passage Thiaffait, entre la rue René-Leynaud et la rue Burdeau, aujourd’hui animé par des ateliers de créateurs.

Des passages pour insurgés et résistants

La connaissance intime de ces raccourcis a donné un avantage aux Lyonnais lors des soulèvements. Pendant les révoltes des canuts de 1831 et 1834, les insurgés pouvaient disparaître d’une rue pour réapparaître dans une autre, au grand désarroi de la troupe. Un siècle plus tard, sous l’Occupation, les traboules ont servi aux résistants pour échapper aux contrôles et semer leurs poursuivants dans une ville qui s’était gagné le surnom de capitale de la Résistance. Ces épisodes ont nourri une part de mythe, mais l’usage stratégique de ces passages est bien réel.

Du déclin à la sauvegarde

Au milieu du XXe siècle, le Vieux Lyon est un quartier insalubre, et un projet de voie rapide menace de l’éventrer. La mobilisation d’habitants et d’associations, dont la Renaissance du Vieux Lyon fondée en 1946, aboutit en 1964 à la création du premier secteur sauvegardé de France, grâce à la loi Malraux. Les façades et les cours sont restaurées au fil des décennies.

Restait à concilier la vie des habitants et la curiosité des visiteurs. À partir de 1990, une convention dite Cours-Traboules permet à la collectivité de participer à l’entretien, à l’éclairage et au nettoyage de certains passages en échange de leur ouverture au public en journée. Ces traboules conventionnées sont signalées par une petite plaque à l’entrée. L’inscription du site historique de Lyon au patrimoine mondial de l’UNESCO, en 1998, a encore renforcé leur protection.

Bonnes pratiques et infos pratiques

  • Où : dans le Vieux Lyon (métro D, station Vieux Lyon – Cathédrale Saint-Jean) et sur les pentes de la Croix-Rousse (métro C, stations Croix-Paquet ou Croix-Rousse, ou métro A à Hôtel de Ville – Louis Pradel).
  • Quand : les traboules ouvertes le sont généralement en journée ; évitez les heures matinales et tardives. En semaine, en milieu de matinée, les cours sont les plus calmes.
  • Comment : parlez bas, ne vous asseyez pas dans les escaliers, ne photographiez pas les fenêtres des habitants, refermez les portes. Certaines portes sont équipées d’un bouton d’ouverture à l’entrée.
  • Budget : l’accès est gratuit. Une visite guidée, de l’ordre d’une vingtaine d’euros à titre indicatif, ouvre parfois des passages normalement fermés.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de traboules à Lyon ?

On en recense plusieurs centaines selon les définitions retenues, principalement dans le Vieux Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse et dans la Presqu’île, mais seule une partie est accessible au public, essentiellement dans le cadre de la convention Cours-Traboules.

Quelle est l’origine du mot traboule ?

Le terme viendrait du latin populaire trans-ambulare, qui signifie « passer à travers », et désigne un passage traversant des immeubles pour relier deux rues.

Les traboules ont-elles vraiment servi à la Résistance ?

Oui, leur usage par des résistants pour échapper aux contrôles pendant l’Occupation est attesté, même si la tradition orale a sans doute enjolivé certains épisodes au fil des décennies.

Peut-on entrer librement dans une traboule ?

Seulement dans celles qui sont ouvertes au public, généralement signalées par une plaque ; les autres sont des parties privées d’immeubles, et il convient de respecter la tranquillité des habitants en toutes circonstances.

Où trouver les traboules à Lyon ?

Vous en trouverez principalement dans le Vieux Lyon, desservi par le métro D à Vieux Lyon – Cathédrale Saint-Jean, et sur les pentes de la Croix-Rousse, accessibles par les métros C ou A. Les passages ouverts au public sont généralement signalés par une petite plaque à l’entrée et se visitent en journée, de préférence en semaine, en milieu de matinée.

Les traboules sont-elles gratuites à visiter ?

L’accès aux traboules ouvertes au public est gratuit. Une visite guidée, de l’ordre d’une vingtaine d’euros à titre indicatif, ouvre parfois des passages normalement fermés. Restez discret : ces passages traversent des immeubles habités, donc parlez bas, ne vous asseyez pas dans les escaliers et refermez les portes derrière vous.

Sources

  • Ville de Lyon et Métropole de Lyon — dispositif de convention Cours-Traboules.
  • Archives municipales de Lyon.
  • UNESCO, Centre du patrimoine mondial — « Site historique de Lyon ».
  • ONLYLYON Tourisme et Congrès.
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Conditions d’ouverture des traboules et tarifs des visites indicatifs à la date de mise à jour (automne 2026), à vérifier sur place et auprès de l’office de tourisme.

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