Pousser une lourde porte en bois, s’engager dans un couloir voûté, déboucher dans une cour à galeries et ressortir dans une autre rue : c’est l’expérience des traboules de Lyon, que l’on ne vit nulle part ailleurs avec la même intensité. Ces passages sont indissociables de l’identité lyonnaise et figurent parmi les découvertes phares de notre rubrique Visiter Lyon. Voici d’où elles viennent, où les trouver, comment reconnaître celles qui se visitent et comment s’y comporter.
Qu’est-ce qu’une traboule ?
Le mot viendrait du latin populaire trans ambulare, « passer à travers ». Une traboule est un passage qui permet de traverser un pâté de maisons à pied, en empruntant les allées, les cours et parfois les escaliers de plusieurs immeubles, pour gagner une rue parallèle. À ne pas confondre avec une simple cour intérieure (qui ne débouche nulle part) ni avec un passage couvert commercial : la traboule est, par nature, un espace privé et habité, que les riverains empruntent au quotidien.
Lyon en compte plusieurs centaines, en comptant les cours et passages de toutes époques. Seule une fraction est ouverte aux visiteurs ; les autres sont fermées par des digicodes et doivent le rester.
Une histoire intimement lyonnaise
Au Vieux Lyon, une réponse à la géographie
Coincé entre la Saône et la colline de Fourvière, l’ancien quartier marchand était organisé en longues rues parallèles à la rivière, avec peu de rues transversales. Les traboules offraient un raccourci pour descendre vers l’eau, puiser, transporter des marchandises ou rejoindre la rue voisine sans faire le tour. À la Renaissance, les riches demeures des marchands et banquiers se dotent de cours à galeries et de tours d’escalier qui font aujourd’hui la beauté de ces passages.
À la Croix-Rousse, la ville des canuts
Au XIXe siècle, la soierie fait de la Croix-Rousse un quartier ouvrier. Les canuts, tisseurs de soie, travaillent dans de hauts immeubles aux grandes fenêtres, et les traboules des pentes leur permettent de descendre vers la Presqu’île en transportant les pièces de tissu à l’abri des intempéries. Lors des révoltes des canuts de 1831 et 1834, ces passages tiennent aussi un rôle dans les affrontements, tout comme ils serviront plus tard, selon la mémoire lyonnaise, aux résistants de la Seconde Guerre mondiale.
Les traboules à ne pas manquer
Dans le Vieux Lyon
- La longue traboule, du 54 rue Saint-Jean au 27 rue du Bœuf : la plus célèbre, qui enchaîne plusieurs immeubles et cours successives.
- La tour Rose, dans la cour de la maison du Crible, 16 rue du Bœuf : une tour d’escalier rosée, l’une des images emblématiques de Lyon.
- Les cours de la rue Juiverie, dans le quartier Saint-Paul, avec leurs galeries Renaissance, dont celle de l’hôtel Bullioud attribuée à Philibert Delorme.
Pour replacer ces passages dans une promenade plus large, suivez notre parcours pour visiter le Vieux Lyon rue par rue.
Sur les pentes de la Croix-Rousse
- La cour des Voraces, place Colbert : son escalier monumental à ciel ouvert, sur six étages, est le symbole des traboules canuts. Son nom renverrait à une société ouvrière du XIXe siècle.
- Les traboules entre les Terreaux et le plateau : depuis le bas des pentes, plusieurs passages permettent de grimper vers la Croix-Rousse en évitant une partie des rues en pente. Suivez la signalétique ou une visite guidée pour les enchaîner.
Sur la Presqu’île
Le phénomène déborde sur la Presqu’île de Lyon, notamment dans ses rues anciennes proches des pentes et des Terreaux, où cours et passages traversants se dissimulent derrière des façades ordinaires. Ils y sont moins spectaculaires, mais amusants à débusquer au fil d’une balade.
Comment les trouver et les visiter
Repérer les traboules ouvertes
Les traboules accessibles au public le sont dans le cadre d’une convention entre la collectivité et les copropriétés, qui prévoit l’entretien et l’éclairage en échange de l’ouverture en journée. Une plaque signale généralement les passages concernés à l’entrée. Si une porte est fermée par un code, n’insistez pas : le passage n’est pas ouvert à la visite, ou pas à cette heure.
Visite libre ou guidée ?
En visite libre, un plan fourni par l’office de tourisme et un peu de curiosité suffisent pour découvrir les traboules les plus connues. Une visite guidée apporte en revanche les clés historiques et donne accès à des passages que l’on ne trouverait pas seul. L’office de tourisme et des guides-conférenciers en proposent toute l’année, sur les deux collines.
Composer une journée « traboules »
Une belle combinaison : le matin, le Vieux Lyon et ses cours Renaissance ; à midi, la montée vers la basilique de Fourvière pour le panorama ; l’après-midi, traversée de la Saône et ascension des pentes de la Croix-Rousse par les traboules, jusqu’au boulevard et à son marché.
Les règles à respecter
- Silence : l’écho des cours amplifie tout. Parlez bas, surtout en groupe.
- Discrétion : ne photographiez pas l’intérieur des logements ni les habitants, ne touchez pas aux boîtes aux lettres, ne vous asseyez pas dans les escaliers.
- Portes : refermez-les derrière vous, sans les claquer.
- Horaires : respectez les heures d’ouverture ; le soir et tôt le matin, les passages ouverts peuvent être refermés.
- Propreté : rien ne doit être laissé derrière vous. Ce sont les copropriétaires qui entretiennent ces lieux.
Infos pratiques
- Accès Vieux Lyon : métro D, station Vieux Lyon – Cathédrale Saint-Jean.
- Accès Croix-Rousse : métro A jusqu’à Hôtel de Ville – Louis Pradel pour monter à pied par les pentes, ou métro C jusqu’à Croix-Paquet ou Croix-Rousse pour descendre.
- Horaires : traboules ouvertes en journée, selon les termes de la convention ; horaires précis à vérifier auprès de l’office de tourisme.
- Tarif : visite libre gratuite ; visites guidées payantes, à réserver.
- Durée : une à deux heures par colline.
- Chaussures : pavés, marches usées et montées raides imposent des semelles adhérentes.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de traboules à Lyon ?
On en recense plusieurs centaines si l’on compte l’ensemble des cours et passages traversants, principalement dans le Vieux Lyon et à la Croix-Rousse, mais seule une partie est ouverte au public en journée.
Les traboules sont-elles gratuites ?
Oui, les traboules ouvertes au public se visitent librement et gratuitement en journée ; seules les visites guidées organisées par l’office de tourisme ou par des guides-conférenciers sont payantes.
Quelle est la traboule la plus célèbre de Lyon ?
La longue traboule du Vieux Lyon, entre le 54 rue Saint-Jean et le 27 rue du Bœuf, et la cour des Voraces à la Croix-Rousse, avec son escalier monumental, sont les deux plus connues.
Peut-on visiter les traboules le soir ?
Mieux vaut éviter : la plupart des traboules ouvertes ne le sont qu’en journée et elles restent des parties communes habitées ; en soirée, privilégiez une visite guidée spécifique si elle est proposée.
Comment reconnaître une traboule ouverte au public ?
Les traboules accessibles au public le sont dans le cadre d’une convention entre la collectivité et les copropriétés, et une plaque signale généralement les passages concernés à l’entrée. Si une porte est fermée par un code, n’insistez pas : le passage n’est pas ouvert à la visite, ou pas à cette heure.
Quelles règles respecter en visitant les traboules ?
Ce sont des parties communes habitées : parlez bas, ne photographiez ni l’intérieur des logements ni les habitants, ne touchez pas aux boîtes aux lettres et ne vous asseyez pas dans les escaliers. Refermez les portes sans les claquer, respectez les horaires d’ouverture et ne laissez aucun déchet.
Sources
- ONLYLYON Tourisme et Congrès — plans et visites des traboules.
- Ville de Lyon et Métropole de Lyon — convention d’ouverture des traboules.
- Archives municipales de Lyon — histoire des canuts et des quartiers anciens.
- UNESCO — site historique de Lyon.
Réservez une visite guidée des traboules pour accéder aux passages cachés, et retrouvez nos autres guides dans la rubrique Visiter Lyon.
Informations mises à jour à l’automne 2026 ; horaires d’ouverture des traboules et tarifs des visites sont indicatifs et à vérifier auprès de l’office de tourisme.

