Raconter l’histoire de Lyon de façon détaillée, c’est suivre une ville qui n’a jamais cessé d’être habitée au même endroit, au confluent du Rhône et de la Saône, depuis plus de deux millénaires. Là où notre dossier histoire et patrimoine de Lyon présente les grands thèmes, cette page prend le temps de la chronologie : dates, acteurs, ruptures et continuités, du premier camp romain de Fourvière jusqu’à la Métropole créée en 2015.
Avant Rome et l’Antiquité (jusqu’au Ve siècle)
Le site du confluent est fréquenté bien avant les Romains : des traces d’occupation gauloise ont été retrouvées, notamment dans le quartier de Vaise. Mais c’est en 43 av. J.-C. que Lucius Munatius Plancus, gouverneur de la Gaule chevelue, fonde officiellement la colonie de Lugdunum sur la colline de Fourvière. Le nom viendrait du celte, associant sans doute le dieu Lug et le mot dunum, la colline fortifiée ; une tradition antique y ajoute une histoire de corbeaux guidant les fondateurs, que nous racontons parmi les légendes lyonnaises.
Sous Auguste, la ville devient la capitale de la Gaule lyonnaise et le carrefour du réseau routier conçu par Agrippa. En 12 av. J.-C., Drusus inaugure l’autel fédéral des Trois Gaules au confluent, sur les pentes de l’actuelle Croix-Rousse. L’empereur Claude y naît en 10 av. J.-C. ; son discours de 48, qui ouvre le Sénat aux notables gaulois, est gravé sur la Table claudienne retrouvée en 1528. La ville se couvre de monuments : grand théâtre, odéon, amphithéâtre, quatre aqueducs. En 177, les martyrs chrétiens, parmi lesquels Blandine et l’évêque Pothin, y sont suppliciés. La bataille de 197, qui voit Septime Sévère vaincre Clodius Albinus sous les murs de la ville, amorce un lent déclin, et la ville haute se vide progressivement au profit des bords de Saône. Pour le détail des vestiges, voyez notre article sur Lugdunum et la Lyon romaine.
Le Moyen Âge : la ville des archevêques (Ve–XIVe siècle)
Au Ve siècle, Lyon devient l’une des capitales du royaume burgonde, puis passe sous domination franque. La ville se resserre sur la rive droite de la Saône, autour du groupe cathédral, et sur une partie de la Presqu’île. Le pouvoir appartient à l’Église : en 1079, le pape reconnaît à l’archevêque de Lyon le titre de primat des Gaules, que ses successeurs portent encore.
La construction de la cathédrale Saint-Jean commence vers 1180 et s’étale sur près de trois siècles, ce qui explique le passage du roman au gothique dans son architecture. Vers 1170, le marchand Pierre Valdès (ou Valdo) fonde le mouvement des « Pauvres de Lyon », futurs vaudois, bientôt condamné comme hérétique. Lyon accueille ensuite deux conciles œcuméniques, en 1245 et en 1274. Longtemps terre d’Empire disputée, elle est rattachée au royaume de France sous Philippe le Bel en 1312, et la charte dite Sapaudine de 1320 reconnaît aux bourgeois un gouvernement municipal, le consulat.
La Renaissance : foires, banques et imprimeurs (XVe–XVIe siècle)
Le vrai décollage vient des foires. Accordées en 1420 par le dauphin, futur Charles VII, puis élargies par Louis XI en 1463, elles attirent marchands et banquiers italiens, en particulier florentins. Leur richesse se lit encore dans les demeures de la rue Juiverie, de la rue Saint-Jean ou de la rue du Bœuf, avec leurs cours à galeries et leurs tours d’escalier.
Lyon devient aussi l’une des grandes places de l’imprimerie européenne : le premier livre y est imprimé en 1473, et des centaines d’ateliers s’installent autour de la rue Mercière. Rabelais, médecin à l’Hôtel-Dieu, y publie Pantagruel en 1532 ; la poétesse Louise Labé et Maurice Scève animent une vie littéraire brillante. En 1536, François Ier accorde aux Piémontais Étienne Turquet et Barthélemy Naris le privilège qui fonde la fabrique de soie. Le siècle se termine dans la violence des guerres de Religion : les protestants s’emparent de la ville en 1562, et les massacres de 1572, prolongement de la Saint-Barthélemy, restent connus sous le nom de « Vêpres lyonnaises ».
L’âge classique : la Grande Fabrique (XVIIe–XVIIIe siècle)
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la soie structure l’économie et la société. La « Grande Fabrique » réunit marchands-fabricants et maîtres ouvriers, et les soieries lyonnaises habillent les cours d’Europe. La ville se dote d’un hôtel de ville monumental place des Terreaux, construit à partir de 1646 sur les plans de Simon Maupin ; la place Bellecour reçoit une statue équestre de Louis XIV ; Soufflot, futur architecte du Panthéon, élève la grande façade de l’Hôtel-Dieu sur le Rhône. En 1643, alors que la peste menace, les échevins font le vœu de monter chaque année à Fourvière, une tradition renouvelée chaque 8 septembre.
Révolution et Empire : la ville punie (1789–1815)
En 1793, Lyon se soulève contre la Convention montagnarde. Le siège, d’août à octobre, se termine par une répression féroce : la ville est rebaptisée « Ville-Affranchie », les façades de la place Bellecour sont démolies et près de deux mille personnes sont exécutées, notamment par des fusillades de masse dans la plaine des Brotteaux. Sous le Consulat et l’Empire, Lyon se relève ; en 1801, Joseph-Marie Jacquard présente le métier à tisser qui porte son nom, bientôt perfectionné et diffusé dans tous les ateliers.
Le XIXe siècle : soie, révoltes et grands travaux
La Croix-Rousse se couvre d’immeubles aux plafonds hauts de quatre mètres pour loger les métiers Jacquard. La crise des tarifs provoque la révolte des canuts de novembre 1831, sous le mot d’ordre « Vivre en travaillant ou mourir en combattant », puis celle d’avril 1834, écrasée par l’armée. En 1852, la Croix-Rousse, Vaise et la Guillotière sont rattachées à Lyon. Le 8 décembre 1852, l’inauguration de la statue de la Vierge sur la chapelle de Fourvière donne naissance à la tradition des lumignons aux fenêtres.
Le préfet Claude-Marius Vaïsse transforme la Presqu’île sous le Second Empire : percement de la rue Impériale (actuelle rue de la République) et de la rue de l’Impératrice (rue Édouard-Herriot), création du parc de la Tête d’Or en 1857. Le Crédit lyonnais naît en 1863, la chimie et la mécanique prennent le relais de la soie. La basilique de Fourvière s’élève à partir de 1872, la tour métallique en 1894. Cette même année, le président Sadi Carnot est assassiné à Lyon lors de l’Exposition universelle. Enfin, en 1895, Louis et Auguste Lumière tournent à Monplaisir la Sortie de l’usine Lumière, premier film de leur cinématographe.
Le XXe siècle : de Herriot à l’UNESCO
Maire de 1905 à 1957, avec l’interruption de l’Occupation, Édouard Herriot confie à l’architecte Tony Garnier l’hôpital de Grange-Blanche, les abattoirs de la Mouche (actuelle halle Tony Garnier), le stade de Gerland et le quartier des États-Unis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Lyon devient la « capitale de la Résistance » : Jean Moulin y est arrêté à Caluire le 21 juin 1943, et le siège de la Gestapo dirigé par Klaus Barbie fait régner la terreur. La ville est libérée le 3 septembre 1944, après la destruction de ses ponts par l’occupant.
L’après-guerre est celui de la modernisation : quartier d’affaires de la Part-Dieu, première ligne de métro en 1978, arrivée du TGV en 1981, installation d’Interpol en 1989. Grâce à la mobilisation des habitants, le Vieux Lyon devient en 1964 le premier secteur sauvegardé de France, prélude à l’inscription du site historique au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998.
Le XXIe siècle : la Métropole
Le nouveau quartier de la Confluence reconvertit d’anciens terrains portuaires et industriels, avec le musée des Confluences ouvert en 2014. Le 1er janvier 2015, la Métropole de Lyon remplace la communauté urbaine et exerce aussi les compétences du département sur son territoire, une organisation inédite en France.
Questions fréquentes
Quelles sont les grandes périodes de l’histoire de Lyon ?
On distingue l’Antiquité romaine (Lugdunum), le Moyen Âge dominé par les archevêques, la Renaissance des foires et de l’imprimerie, l’âge de la soie du XVIe au XIXe siècle, puis l’ère industrielle et contemporaine marquée par la Résistance et la métropolisation.
Pourquoi Lyon s’appelait-elle Ville-Affranchie ?
Après le siège de 1793 et la reddition de la ville insurgée, la Convention décida de punir Lyon en lui retirant son nom : elle fut rebaptisée « Ville-Affranchie » jusqu’en 1794, avant de retrouver son nom d’origine.
Depuis quand Lyon fait-elle partie de la France ?
Lyon est rattachée au royaume de France en 1312, sous Philippe le Bel, après des siècles d’autorité partagée entre l’archevêque et l’Empire.
Pourquoi appelle-t-on Lyon la capitale de la Résistance ?
Pendant l’Occupation, la ville a abrité les états-majors de plusieurs grands mouvements, ainsi que de nombreuses imprimeries clandestines ; Jean Moulin y a coordonné l’unification de la Résistance avant son arrestation à Caluire en 1943.
Qu’est-ce que la Table claudienne ?
La Table claudienne est une table de bronze sur laquelle est gravé le discours prononcé en 48 par l’empereur Claude, né à Lugdunum en 10 av. J.-C., pour ouvrir le Sénat aux notables gaulois. Elle a été retrouvée en 1528 et se visite aujourd’hui au musée de Fourvière, où elle compte parmi les pièces maîtresses.
D’où vient la tradition des lumignons du 8 décembre à Lyon ?
Elle remonte à 1852. Le 8 décembre de cette année-là, l’inauguration de la statue de la Vierge sur la chapelle de Fourvière donne naissance à la tradition des lumignons aux fenêtres. Le vœu des échevins de 1643 contre la peste, lui, est renouvelé chaque année par une montée à Fourvière le 8 septembre.
Sources
- Archives municipales de Lyon.
- Musée d’histoire de Lyon (Gadagne) ; Lugdunum – Musée & Théâtres romains.
- Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon.
- UNESCO, Centre du patrimoine mondial ; Métropole de Lyon.
Retrouvez les monuments, les figures et les traditions de chaque époque dans notre dossier histoire et patrimoine de Lyon, puis réservez une visite guidée pour arpenter les lieux.
Dates et faits établis d’après les sources historiques de référence ; conditions de visite des musées cités indicatives à la date de mise à jour (automne 2026), à vérifier auprès des établissements.

