Pour beaucoup de Français, « guignol » est devenu un nom commun désignant n’importe quel théâtre de marionnettes pour enfants. À Lyon, Guignol est une personne : un canut en veste marron et chapeau noir, avec son catogan et son franc-parler, né dans les rues de la ville il y a plus de deux siècles. Cet article de notre dossier histoire et patrimoine de Lyon raconte ses origines, présente sa petite troupe, explique pourquoi il a été surveillé par la censure et indique où le retrouver aujourd’hui.
Laurent Mourguet, l’inventeur
Né à Lyon en 1769 dans une famille modeste, Laurent Mourguet est d’abord tisseur de soie. La crise qui frappe la fabrique pendant la Révolution le pousse à changer de métier : il devient marchand forain, puis arracheur de dents, une activité qui se pratiquait alors sur les places publiques. Pour attirer le client et couvrir les cris des patients, il installe un petit théâtre de marionnettes.
Il commence par jouer le répertoire de l’époque, dominé par Polichinelle, venu de la commedia dell’arte. Puis il crée ses propres personnages, inspirés de son entourage et de la vie lyonnaise : Gnafron d’abord, puis Guignol, vers 1808. Le succès est tel qu’il abandonne la dentisterie pour se consacrer entièrement à la marionnette. Il reste aujourd’hui l’une des figures populaires de la ville, aux côtés des savants et des artistes présentés dans notre galerie des personnages célèbres de Lyon.
D’où vient le nom de Guignol ?
Personne ne le sait avec certitude, et c’est ce qui fait le sel du débat. L’explication la plus répandue rattache le nom à une expression lyonnaise, « c’est guignolant », c’est-à-dire « c’est drôle ». D’autres hypothèses évoquent le nom d’un village italien d’où serait originaire un ami de Mourguet, ou encore le verbe « guigner », regarder du coin de l’œil. Aucune n’est prouvée : prenez-les comme des pistes, pas comme des certitudes.
La troupe : Guignol, Madelon, Gnafron et les autres
- Guignol : canut au grand cœur, souvent sans le sou, rusé et généreux. Il porte une veste marron à boutons dorés, un nœud papillon rouge et un chapeau noir, avec une petite natte, le « salsifis », qui dépasse derrière la tête. Il est toujours prêt à défendre les faibles, au besoin avec son bâton.
- Madelon : sa femme, bavarde et râleuse, mais attachée à lui ; c’est elle qui tient les cordons de la bourse.
- Gnafron : cordonnier (« gniafre » en lyonnais), ami fidèle, amateur de beaujolais, reconnaissable à son nez rouge. Il serait inspiré d’un proche de Mourguet.
- Les autorités : le gendarme Flageolet, le propriétaire, le juge, cibles régulières des coups de bâton et des bons mots.
Ces personnages parlent le parler lyonnais, truffé de mots comme « gone » (le gamin), « bugne » (le beignet de carnaval) ou « quinquet » (l’œil). Les pièces mêlent intrigue simple, comique de situation et commentaires sur l’actualité du jour.
Une marionnette satirique sous surveillance
À l’origine, Guignol ne s’adresse pas aux enfants. Ses spectacles, joués dans les cafés et sur les places, s’adressent aux adultes et commentent volontiers les événements politiques, le prix du pain ou l’arrogance des négociants. Sous le Second Empire, la censure impose aux théâtres de marionnettes de soumettre leurs textes à l’autorisation préalable, preuve que la parole de Guignol était jugée dangereuse.
La famille Mourguet et ses successeurs perpétuent la tradition tout au long du XIXe siècle, avec des dynasties de marionnettistes qui transmettent les têtes sculptées et les répertoires. Progressivement, le public se transforme : à la fin du siècle, Guignol s’installe dans les jardins publics et devient un spectacle pour enfants, sans jamais perdre complètement son esprit frondeur. Le nom se répand alors dans toute la France, au point de désigner le genre tout entier.
Comment est fabriquée une marionnette de Guignol
Guignol est une marionnette à gaine : le marionnettiste glisse la main dans le costume, l’index dans la tête et le pouce et le majeur dans les bras. La tête est traditionnellement sculptée dans le bois de tilleul, puis peinte. Le castelet, petit théâtre derrière lequel se cachent les manipulateurs, complète le dispositif. Cette technique permet des gestes vifs et des coups de bâton précis, essentiels au rythme comique.
Où voir Guignol à Lyon aujourd’hui
Au musée
Le musée des arts de la marionnette, installé avec le musée d’histoire de Lyon dans l’hôtel de Gadagne, place du Petit-Collège, conserve des marionnettes historiques, dont certaines attribuées à Laurent Mourguet, et les replace dans l’histoire mondiale de la marionnette. Le musée organise régulièrement des animations autour de Guignol, notamment en été, avec en 2026 un festival estival dédié. L’hôtel de Gadagne est situé au cœur du Vieux Lyon, dans le périmètre du site historique inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Au spectacle
Plusieurs compagnies et petites salles perpétuent le répertoire, avec des pièces classiques et des créations contemporaines, dans le Vieux Lyon comme dans d’autres quartiers, et des représentations sont traditionnellement proposées dans les parcs aux beaux jours. La programmation varie selon les saisons : consultez l’agenda de l’office de tourisme ou de la Ville avant de vous déplacer, et réservez pour les séances du mercredi et du week-end.
Infos pratiques
- Accès à Gadagne : métro D, station Vieux Lyon – Cathédrale Saint-Jean, puis quelques minutes à pied par la rue Saint-Jean.
- Horaires : le musée est habituellement ouvert du mercredi au dimanche ; vérifiez sur le site officiel.
- Budget : entrée à tarif modeste, avec gratuités selon l’âge et le statut ; spectacles de marionnettes généralement à prix accessibles.
- Âge conseillé : les spectacles s’adressent souvent aux enfants à partir de trois ou quatre ans, mais les adultes y trouvent leur compte.
Questions fréquentes
Qui a créé Guignol ?
Guignol a été créé vers 1808 par Laurent Mourguet, un Lyonnais né en 1769, ancien tisseur de soie devenu arracheur de dents, qui utilisait les marionnettes pour attirer les clients.
Qui sont les amis de Guignol ?
Ses principaux compagnons sont sa femme Madelon et son ami Gnafron, cordonnier au nez rouge amateur de beaujolais ; face à eux, le gendarme Flageolet et divers notables incarnent l’autorité.
Guignol était-il destiné aux enfants ?
Non, à l’origine ses spectacles s’adressaient aux adultes et avaient une forte dimension satirique ; ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que Guignol est devenu un divertissement principalement destiné au jeune public.
Où voir des marionnettes de Guignol anciennes ?
Le musée des arts de la marionnette, à Gadagne dans le Vieux Lyon, conserve des marionnettes historiques, dont certaines liées à Laurent Mourguet, ainsi que des castelets et des décors anciens.
Pourquoi Guignol s’appelle-t-il ainsi ?
Personne ne le sait avec certitude. L’explication la plus répandue rattache le nom à l’expression lyonnaise « c’est guignolant », c’est-à-dire « c’est drôle ». D’autres hypothèses évoquent le nom d’un village italien ou le verbe « guigner », mais aucune n’est prouvée : prenez-les comme des pistes, pas comme des certitudes.
À partir de quel âge emmener un enfant voir Guignol ?
Les spectacles s’adressent souvent aux enfants à partir de trois ou quatre ans, mais les adultes y trouvent aussi leur compte. La programmation varie selon les saisons : consultez l’agenda de l’office de tourisme ou de la Ville avant de vous déplacer, et réservez pour les séances du mercredi et du week-end.
Sources
- Musées Gadagne — musée des arts de la marionnette et musée d’histoire de Lyon.
- Archives municipales de Lyon.
- Ville de Lyon ; ONLYLYON Tourisme et Congrès.
Réservez un spectacle de Guignol ou une visite du Vieux Lyon, et découvrez les autres traditions de la ville dans notre dossier histoire et patrimoine de Lyon.
Horaires, tarifs et programmation indicatifs à la date de mise à jour (automne 2026), à vérifier auprès du musée et des compagnies.

