Une ville de deux mille ans, bâtie sur des collines truffées de galeries et traversée de passages secrets, ne pouvait qu’engendrer des histoires. Les légendes de Lyon se transmettent au coin des montées, dans les traboules et les conversations de comptoir. Certaines remontent à l’Antiquité, d’autres sont nées au XXe siècle. Ce volet de notre dossier histoire et patrimoine de Lyon les passe en revue, en distinguant soigneusement le récit et ce que l’on sait réellement, pour que vous puissiez les raconter à votre tour sans les confondre avec l’histoire.
Les corbeaux de la fondation
La légende la plus ancienne vient d’un texte grec tardif sur les fleuves, attribué à un pseudo-Plutarque. Deux princes, Momoros et Atepomaros, chassés de leur royaume, cherchent un lieu où fonder une ville. Alors qu’ils creusent les fondations au sommet d’une colline, une nuée de corbeaux s’abat autour d’eux. Ils y voient un présage et nomment la ville Lugdunum, que le texte rapproche d’un mot désignant le corbeau.
Ce que dit l’histoire : Lugdunum a été fondée en 43 av. J.-C. par le Romain Lucius Munatius Plancus. Le nom est bien d’origine celte, mais les linguistes y voient plutôt le dieu Lug associé à dunum, la hauteur fortifiée. Pour la chronologie complète, voyez notre histoire de Lyon racontée époque par époque.
Le sang des martyrs dans la montée du Gourguillon
La montée du Gourguillon, qui grimpe du quartier Saint-Georges vers Saint-Just, est l’une des plus anciennes rues de la ville. Selon une tradition pieuse, lors d’une persécution au début du IIIe siècle, des milliers de chrétiens rassemblés autour de l’évêque Irénée auraient été massacrés sur la colline, et leur sang aurait ruisselé le long de la montée jusqu’à la Saône. Certains y voient même l’origine du nom, rapproché d’un mot évoquant le gargouillement.
Ce que dit l’histoire : le martyre des chrétiens de 177, dont Blandine et Pothin, est bien attesté par des sources anciennes. En revanche, le grand massacre attribué à l’époque d’Irénée et les chiffres avancés relèvent de traditions tardives, sans confirmation historique. L’étymologie reste incertaine.
Les arêtes de poisson, énigme souterraine
Sous les pentes de la Croix-Rousse court un réseau de galeries surnommé les « arêtes de poisson » : une longue galerie centrale d’où partent, de chaque côté, des couloirs perpendiculaires qui se terminent en cul-de-sac, comme les arêtes d’un poisson. Redécouvert au XXe siècle, le réseau n’a jamais livré le secret de sa fonction. Les légendes, elles, abondent : cachette du trésor des Templiers, refuge secret, lieu de cultes interdits.
Ce que dit l’histoire : plusieurs hypothèses sérieuses coexistent, de l’ouvrage de drainage au dispositif lié aux fortifications de l’époque moderne, en passant par des réservoirs ou des entrepôts ; la datation elle-même est discutée. Le site est fermé au public pour des raisons de sécurité, et les incursions sont interdites et dangereuses.
Le Gros Caillou, sentinelle de la Croix-Rousse
À l’extrémité est du boulevard de la Croix-Rousse, face au Rhône, trône un énorme bloc de pierre. Les récits populaires lui ont prêté bien des origines, jusqu’à en faire une pierre surnaturelle ou un talisman protecteur du plateau, et les Croix-Roussiens en ont fait l’emblème de leur quartier.
Ce que dit l’histoire : il s’agit d’un bloc erratique, un rocher arraché aux Alpes et transporté par un glacier lors des dernières glaciations, puis abandonné à la fonte des glaces. Il a été mis au jour à la fin du XIXe siècle lors du percement d’un tunnel de funiculaire, puis installé à l’emplacement où on le voit aujourd’hui.
L’Homme de la Roche, bienfaiteur devenu légende
Sur le quai Pierre-Scize, au bord de la Saône, une statue installée dans une niche du rocher représente un homme en costume de la Renaissance, une bourse à la main. Les Lyonnais l’appellent « l’Homme de la Roche ». La légende en a fait un généreux inconnu qui dotait les jeunes filles pauvres pour leur permettre de se marier.
Ce que dit l’histoire : le personnage a bel et bien existé. Il s’agit de Jean Kléberger, banquier et marchand originaire de Nuremberg installé à Lyon au XVIe siècle, surnommé « le Bon Allemand » pour ses nombreuses œuvres charitables. La tradition a simplement brodé autour de ses bienfaits.
Le bœuf de la rue du Bœuf
À l’angle de la rue du Bœuf et de la place Neuve-Saint-Jean, dans le Vieux Lyon, une petite sculpture de bœuf orne une façade. La tradition l’attribue à Jean de Bologne, célèbre sculpteur de la Renaissance d’origine flamande, qui aurait séjourné à Lyon. Une attribution flatteuse, régulièrement répétée, mais que les historiens de l’art considèrent comme douteuse. Elle illustre bien la manière dont une ville aime s’inventer des signatures prestigieuses.
Lyon, ville mystique ?
Lyon traîne depuis longtemps une réputation de capitale de l’ésotérisme. On évoque même un prétendu « triangle de magie blanche » reliant Lyon, Turin et Prague, qui ne repose sur aucun fondement vérifiable. Cette image s’appuie pourtant sur des figures bien réelles : le franc-maçon mystique Jean-Baptiste Willermoz au XVIIIe siècle, Allan Kardec, fondateur du spiritisme, né à Lyon en 1804, ou le guérisseur Nizier Anthelme Philippe, dit « Maître Philippe », actif à la fin du XIXe siècle. Les brumes de la Saône, les ruelles sombres et les souterrains ont fait le reste.
La plupart de ces lieux se trouvent dans le périmètre du site historique de Lyon inscrit à l’UNESCO, ce qui permet de les relier en une seule promenade.
Suivre les légendes à pied
- Vieux Lyon : montée du Gourguillon, rue du Bœuf, traboules (métro D, Vieux Lyon – Cathédrale Saint-Jean).
- Bords de Saône : l’Homme de la Roche, quai Pierre-Scize (bus le long des quais).
- Croix-Rousse : le Gros Caillou, au bout du boulevard (métro C, station Croix-Rousse), puis descente par les pentes.
- Conseil : les visites guidées nocturnes ou thématiques proposées par l’office de tourisme et des guides indépendants donnent une atmosphère particulière à ces récits ; tarifs indicatifs d’une quinzaine à une trentaine d’euros.
Questions fréquentes
Que sont les arêtes de poisson de Lyon ?
C’est un réseau de galeries souterraines sous les pentes de la Croix-Rousse, organisé autour d’un couloir central avec des galeries perpendiculaires ; sa fonction et sa datation restent débattues, et le site est fermé au public.
D’où vient le Gros Caillou de la Croix-Rousse ?
C’est un bloc erratique transporté depuis les Alpes par un glacier lors des glaciations, retrouvé à la fin du XIXe siècle pendant le creusement d’un tunnel de funiculaire, puis exposé sur le plateau.
Qui est l’Homme de la Roche ?
C’est Jean Kléberger, banquier originaire de Nuremberg installé à Lyon au XVIe siècle et connu pour ses dons aux pauvres ; sa statue se trouve dans le rocher du quai Pierre-Scize, au bord de la Saône.
Lyon est-elle vraiment une ville d’occultisme ?
Lyon a abrité des figures ésotériques réelles, comme Allan Kardec ou Maître Philippe, mais sa réputation de capitale de la magie relève surtout de la légende, entretenue par son atmosphère et ses souterrains.
D’où vient le nom de Lugdunum ?
Selon la légende, deux princes, Momoros et Atepomaros, auraient nommé la ville après qu’une nuée de corbeaux s’est abattue autour d’eux. Pour l’histoire, Lugdunum a été fondée en 43 av. J.-C. par Lucius Munatius Plancus, et les linguistes y voient plutôt le dieu Lug associé à dunum, la hauteur fortifiée.
Le triangle de magie blanche Lyon-Turin-Prague existe-t-il ?
Ce prétendu triangle ne repose sur aucun fondement vérifiable. La réputation ésotérique de Lyon s’appuie en revanche sur des figures réelles : Jean-Baptiste Willermoz au XVIIIe siècle, Allan Kardec, né à Lyon en 1804, ou Maître Philippe, actif à la fin du XIXe siècle. Les brumes de la Saône et les souterrains ont fait le reste.
Sources
- Archives municipales de Lyon.
- Musée d’histoire de Lyon (Gadagne).
- Ville de Lyon ; ONLYLYON Tourisme et Congrès.
- Traditions orales et récits populaires lyonnais, présentés comme tels.
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Les légendes sont présentées comme des récits traditionnels ; conditions et tarifs des visites indicatifs à la date de mise à jour (automne 2026), à vérifier auprès des organisateurs.

