Quartier chic, quartier sage ? Les Brotteaux à Lyon ont longtemps traîné cette réputation. Elle n’est pas fausse, mais elle masque une histoire étonnante : celle d’une plaine inondable devenue, en deux siècles, un laboratoire d’urbanisme, un décor de drames révolutionnaires, puis la vitrine de la bourgeoisie lyonnaise. Ce guide, qui fait partie de notre dossier sur les quartiers de Lyon, vous propose une lecture patrimoniale des Brotteaux : ce qu’il faut regarder, où lever les yeux, et comment en profiter aujourd’hui.
D’où vient le nom des Brotteaux ?
Le mot vient du franco-provençal. Les « broteaux » désignaient les îles et terrains de la plaine alluviale du Rhône, couverts de jeunes pousses d’arbres, les « brots ». Jusqu’au XVIIIe siècle, la rive gauche en face de la Presqu’île n’était qu’une étendue de bancs de gravier, de saulaies et de prairies régulièrement noyées par les crues, où les Lyonnais venaient se promener, pêcher ou chasser. La graphie actuelle, avec deux « t », s’est imposée au début du XIXe siècle.
Une histoire en trois actes
Le plan Morand, un quartier dessiné d’avance
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’architecte Jean-Antoine Morand imagine d’étendre Lyon sur cette rive. Il conçoit un plan régulier, avec des rues se croisant à angle droit, et fait construire un pont en bois pour relier la Presqu’île à ces nouveaux terrains : l’ancêtre de l’actuel pont Morand, achevé dans les années 1770. C’est seulement le deuxième franchissement du Rhône à Lyon après le pont de la Guillotière. Ce tracé en damier structure encore tout le quartier, que l’on appelle parfois « quartier Morand » en hommage à son concepteur.
La Révolution et la plaine des Brotteaux
En 1793, après le siège de Lyon insurgée contre la Convention, la répression est terrible. La plaine des Brotteaux, encore peu bâtie, devient le lieu d’exécutions de masse de centaines de Lyonnais. Morand lui-même est exécuté en 1794. Une chapelle expiatoire perpétue dans le quartier la mémoire des victimes de cette période.
Le XIXe siècle bourgeois
Protégé progressivement des inondations par les digues, le quartier se couvre au XIXe siècle d’immeubles de rapport en pierre de taille, d’hôtels particuliers et d’églises. L’aménagement du parc de la Tête d’Or, au nord, puis l’arrivée du chemin de fer achèvent d’en faire un quartier résidentiel recherché par les familles aisées, les industriels et les professions libérales.
Le patrimoine à ne pas manquer
La gare des Brotteaux
C’est le monument le plus spectaculaire du quartier. Construite pour la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée et inaugurée en 1908, la gare est l’œuvre de l’architecte Paul d’Arbaut, dans un style Belle Époque qui évoque la gare d’Orsay à Paris : façade monumentale, verrières, grande horloge. Elle a fermé en 1983, remplacée par la gare de la Part-Dieu toute proche. Ses façades, ses toitures et son hall sont classés monuments historiques depuis 1982, et le bâtiment, restauré au début des années 2000, accueille aujourd’hui des restaurants, un hôtel des ventes et des bureaux. Prenez le temps de faire le tour de la place Jules-Ferry pour l’observer sous tous ses angles.
Le boulevard des Belges et ses demeures
En bordure du parc de la Tête d’Or, le boulevard des Belges aligne de grandes demeures du XIXe et du début du XXe siècle, aux styles éclectiques : néo-Renaissance, néoclassique, touches Art nouveau. C’est la promenade architecturale la plus élégante du quartier, à faire à pied en longeant les grilles du parc.
Art déco et façades remarquables
En parcourant les rues perpendiculaires, levez les yeux : balcons ouvragés, ferronneries, bow-windows et immeubles des années 1930. Le Palais de Flore, rue Waldeck-Rousseau, est un bel exemple d’immeuble Art déco. Les places carrées du plan Morand, comme la place Maréchal-Lyautey au débouché du pont Morand, offrent de belles perspectives.
L’église Saint-Pothin
Place Edgar-Quinet, cette église du XIXe siècle au fronton à colonnes rappelle l’essor du quartier à cette époque. Elle porte le nom du premier évêque de Lyon, martyr en 177.
Notre balade dans les Brotteaux
- Traversez le Rhône par le pont Morand depuis la place Louis-Pradel et marquez une pause place Maréchal-Lyautey.
- Remontez l’avenue Foch, bordée d’immeubles cossus et de commerces.
- Rejoignez le boulevard des Belges et longez le parc de la Tête d’Or.
- Descendez par les rues du quadrillage Morand (rue Tronchet, rue Duguesclin, rue Vendôme) jusqu’à l’église Saint-Pothin.
- Terminez par la place Jules-Ferry et la gare des Brotteaux, idéale pour une pause.
Comptez une heure et demie à deux heures à un rythme tranquille. Si vous poursuivez vers le sud, vous franchirez en quelques minutes une frontière invisible : les avenues rectilignes laissent place, au-delà de la Part-Dieu, à l’effervescence de la Guillotière, contraste saisissant entre deux visages de la rive gauche.
Manger et flâner aux Brotteaux
Le quartier a une solide tradition gourmande. On y trouve des brasseries de belle facture (notamment dans et autour de la gare), des tables gastronomiques et bistronomiques, des pâtisseries et chocolatiers réputés et de nombreux commerces de bouche haut de gamme. Les rues les plus animées sont l’avenue Foch, le cours Franklin-Roosevelt, la rue Duguesclin et les abords de la place Jules-Ferry. À la lisière sud du quartier, les Halles Paul Bocuse, cours Lafayette, sont un passage obligé pour les amateurs de fromages, charcuteries et produits lyonnais.
Les budgets sont globalement plus élevés que dans la moyenne lyonnaise ; les formules du midi en semaine restent la meilleure façon de tester les bonnes tables à prix raisonnable. Côté ambiance, les Brotteaux sont plus calmes le soir que la Presqu’île : on y dîne plutôt qu’on n’y sort jusqu’au bout de la nuit.
L’ambiance aujourd’hui
Les Brotteaux restent un quartier résidentiel, familial et plutôt aisé, où l’on croise des familles sur le chemin de l’école, des retraités chez les commerçants et des cadres pressés vers la Part-Dieu. L’immobilier y est parmi les plus chers de Lyon, et les grands appartements bourgeois, avec parquet et moulures, sont très recherchés. Pour une vision d’ensemble de l’arrondissement, avec ses autres quartiers (Foch, Bellecombe, Cité internationale), ses écoles, ses transports et son budget logement, lisez notre guide pratique du 6e arrondissement de Lyon.
La proximité immédiate du quartier d’affaires est un atout : il suffit de passer sous les voies pour rejoindre le quartier de la Part-Dieu, sa gare TGV, sa bibliothèque et son centre commercial.
Infos pratiques
- Métro A : stations Foch et Masséna, à cinq minutes de Hôtel de Ville – Louis Pradel.
- Métro B : station Brotteaux, près de la gare, et Charpennes plus au nord.
- À pied : depuis la place des Terreaux ou l’Opéra, traversez le pont Morand (10 à 15 minutes).
- Vélo’v : stations nombreuses, pistes cyclables sur les quais du Rhône.
- Meilleur moment : un matin en semaine pour les façades et les commerces, ou un dimanche pour combiner avec le parc de la Tête d’Or.
Questions fréquentes
Dans quel arrondissement se trouvent les Brotteaux ?
Les Brotteaux se trouvent dans le 6e arrondissement de Lyon, sur la rive gauche du Rhône, entre le fleuve, le parc de la Tête d’Or et les voies ferrées de la Part-Dieu.
Peut-on visiter la gare des Brotteaux ?
L’ancienne gare n’accueille plus de trains depuis 1983, mais son extérieur se découvre librement depuis la place Jules-Ferry et le bâtiment abrite des restaurants et commerces accessibles aux horaires d’ouverture des établissements.
Pourquoi les rues des Brotteaux sont-elles si droites ?
Parce que le quartier a été conçu d’un seul tenant selon le plan en damier de l’architecte Jean-Antoine Morand, à la fin du XVIIIe siècle, un urbanisme planifié très différent des rues sinueuses du Vieux Lyon.
Les Brotteaux sont-ils un bon quartier pour habiter ?
Oui, pour qui recherche calme, commerces de qualité et proximité du parc de la Tête d’Or et de la Part-Dieu ; il faut en revanche prévoir un budget logement parmi les plus élevés de la ville.
D’où vient le nom des Brotteaux ?
Le mot vient du franco-provençal : les « broteaux » désignaient les îles et terrains de la plaine alluviale du Rhône, couverts de jeunes pousses d’arbres appelées « brots ». Jusqu’au XVIIIe siècle, cette rive gauche était une étendue de graviers et de prairies régulièrement inondées. La graphie actuelle, avec deux « t », s’est imposée au début du XIXe siècle.
Combien de temps faut-il pour visiter les Brotteaux à pied ?
Comptez une heure et demie à deux heures à un rythme tranquille pour la balade proposée : pont Morand, avenue Foch, boulevard des Belges, rues du quadrillage Morand, église Saint-Pothin, puis place Jules-Ferry et gare des Brotteaux. Un matin en semaine convient bien aux façades, et le dimanche se combine avec le parc de la Tête d’Or.
Sources
- Ville de Lyon et mairie du 6e arrondissement — patrimoine du quartier.
- Ministère de la Culture, base Mérimée — protection de la gare des Brotteaux au titre des monuments historiques.
- Archives municipales de Lyon — plan Morand et histoire de la rive gauche.
- TCL / Sytral Mobilités — plan des métros A et B.
De la Croix-Rousse à Gerland, trouvez votre prochaine balade dans notre guide des quartiers lyonnais.
Informations pratiques et accès indicatifs à la date de mise à jour (automne 2026), à vérifier auprès de TCL et des établissements.

